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Le 13/02/2020
la creatine est elle dangereuse ?
Elle peut l’être en cas de prise de doses trop élevées.
 
La créatine est une substance composée de 3 acides aminés. Dans le muscle, elle est transformée en phosphocréatine pour fournir de l’énergie lors d’efforts brefs et intenses (pendant les 10 premières secondes). Les besoins du corps sont de 1,5 à 3 grammes par jour ; ils sont habituellement couverts par la créatine que produisent le foie, le pancréas et les reins, et par celle qu’apporte l’alimentation, en particulier les viandes et les poissons.
Certains sportifs ont recours à des compléments de créatine en espérant augmenter leur force et leur volume musculaire. De fait, plusieurs études ont montré que l’ingestion de créatine s’accompagne parfois d’une augmentation de la capacité à répéter des exercices musculaires brefs et intenses.

Les autorités sanitaires européennes ont reconnu en 2017 qu’une consommation quotidienne de 3 grammes de créatine pouvait renforcer la musculature des personnes âgées de plus de 55 ans pratiquant au moins 3 fois par semaine un sport de résistance (efforts courts, intenses et répétés), par exemple la musculation. Mais elles ont interdit les allégations portant sur l'endurance ou le volume musculaire, du fait de l’absence de preuves d’efficacité.

La prise de compléments de créatine ne serait pas sans danger, en particulier pour l’intestin et les reins. Elle ne doit être utilisée ni par les femmes enceintes, ni par celles qui allaitent, ni par les enfants ou les adolescents, ni par les personnes qui souffrent de problèmes de rein.
Ses éventuels effets indésirables sont les nausées, les diarrhées et les maux de ventre. Les deux premières semaines de prise s’accompagnent souvent d’un gain de poids de 500 grammes à 2 kilos, probablement lié à une accumulation d’eau dans le corps.
L’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire alimentation, environnement, travail), dans son avis sur les compléments alimentaires destinés aux sportifs, signale deux cas de toxicité sévère avec des produits contenant de la créatinine. Un cas d’hépatite a été rapporté chez un adolescent de 17 ans, 3 mois après avoir débuté la consommation de 3 produits destinés aux sportifs recherchant un développement musculaire. Ces produits contenaient de la créatine, des acides aminés et de la L-carnitine avec des protéines de lactosérum. Néanmoins, la substance à l’origine de l’hépatite toxique n’a pas pu être identifiée. Un cas similaire a été rapporté chez un homme de 27 ans qui a présenté une jaunisse après avoir consommé de la créatine pendant 8 à 9 mois, ainsi que des protéines de lactosérum 4 semaines avant le développement des symptômes.
 
Sources
Les allégations autorisées et interdites par les autorités sanitaires européennes, EFSA, 2019
« Les compléments alimentaires destinés aux sportifs », Anses, novembre 2016
 
Le 06/12/2019
Faut-il être sûr d'avoir une carence en fer pour prendre un complément alimentaire qui en contient ?
Absolument. Il ne faut jamais en prendre en préventif, sauf en cas de grossesse, sous contrôle médical.
 
Le fer entre dans la composition de l’hémoglobine qui assure le transport de l’oxygène, ainsi que dans celle de la myoglobine, une protéine qui permet aux muscles de fixer l’oxygène. L’insuffisance d’apport en fer peut provoquer une anémie : fatigue, pâleur, palpitations, diminution des performances intellectuelles (en particulier chez les enfants), affaiblissement de la fonction immunitaire, etc.
Les abats, la viande rouge, la volaille, le poisson et les fruits de mer contiennent du fer facilement absorbable, tandis que les légumes secs et les fruits séchés, les graines, les légumes verts et les noix contiennent du fer plus difficilement absorbé. Les produits laitiers contiennent très peu de fer. Une alimentation suffisamment riche en fer permet d'éviter les problèmes d’anémie.
L’absorption intestinale du fer augmente lorsque les réserves en fer de l’organisme diminuent et lorsque le repas est riche en vitamine C. Attention, la consommation de plus de 2 litres de thé par jour diminue l’absorption du fer.
Le risque de carence en fer est plus élevé chez certaines personnes : les femmes dont les règles sont abondantes, les femmes enceintes, les adolescentes, les enfants en période de croissance (notamment entre 6 mois et 4 ans), les végétaliens, les athlètes féminines, les personnes souffrant d’ulcères digestifs. Cette carence peut être diagnostiquée en dosant deux protéines du sang : l'hémoglobine et la ferritine.
Les experts s'accordent pour réserver les compléments de fer aux cas de carence clairement diagnostiquée, sous contrôle médical impératif. En effet, le fer s’accumule dans l’organisme et son excès peut provoquer une intoxication grave : douleurs articulaires, diabète, troubles cardiaques, cirrhose du foie, voire cancers du côlon et du rectum. Ingéré à des doses modérées, le fer peut causer des effets indésirables mineurs tels que maux de ventre, constipation, diarrhée, selles de couleur noire, nausées ou vomissements.
Attention, la prise de compléments de fer peut aggraver un ulcère gastroduodénal, ainsi que les symptômes de la maladie de Crohn et de la colite ulcéreuse. Les personnes souffrant d’alcoolisme chronique doivent éviter de prendre des compléments de fer. Par ailleurs, le fer diminue l’absorption de certains antibiotiques, des traitements de l’ostéoporose ou des hormones thyroïdiennes.
Le seul cas de figure où les compléments de fer sont prescrits à titre préventif est celui des femmes enceintes, sous contrôle médical. Attention, les compléments riches en fer doivent être maintenus hors de portée des enfants.
 
Sources
« Le fer », Anses, 2019
« Le traitement de l’anémie par carence en fer », Assurance maladie, 2019
« Prévenir les carences en fer », Assurance maladie, 2019
Le 02/12/2019
Le Ginkgo biloba est-il toxique et conciliable avec la prise d’hormones thyroïdiennes ?
Outre sa toxicité, le ginkgo semble perturber le traitement des troubles de la thyroïde.
 
Les feuilles du ginkgo (Ginkgo biloba) servent à la préparation d'extraits qui sont proposés dans le traitement de la démence sénile et de divers troubles liés à des problèmes de circulation sanguine : jambes lourdes, hémorroïdes, artérite et claudication intermittente, maladie de Raynaud, vertiges et acouphènes, etc.
Les extraits de ginkgo interagissent potentiellement avec un grand nombre de substances : ils pourraient augmenter les effets des médicaments anticoagulants, dont l’aspirine (risque d’hémorragie). Ils pourraient également diminuer l’effet d’autres médicaments : antiépileptiques (risque de réapparition des convulsions), diurétiques (risque d’hypertension artérielle), médicaments du reflux gastro-œsophagien, médicaments de l’hypertension et de l’angine de poitrine, médicaments des troubles de la thyroïde, etc. De plus, les extraits de ginkgo pourraient déséquilibrer un traitement antidiabétique.
Récemment, la revue Prescrire, revue médicale indépendante, a recommandé que les médicaments à base de ginkgo ne soient plus prescrits, ni commercialisés. Selon Prescrire, les extraits de ginkgo « n'ont pas d'efficacité démontrée, mais sont connus pour exposer les patients à des hémorragies, des troubles digestifs ou cutanés, et à des réactions d'hypersensibilité. » Elle conclue en précisant que « l'ensemble de ces données confirme que mieux vaut écarter des soins cette plante sans efficacité démontrée au-delà d'un effet placebo ».
En 2013, un rapport toxicologique des Instituts de la Santé américains avait conclu que l’exposition répétée, et à forte dose, de souris et de rats aux extraits de ginkgo par voie orale augmentait le risque de développer un cancer de la thyroïde (chez le rat) ou du foie (chez la souris). Les doses utilisées étaient très élevées et leur administration a duré 2 ans, ce qui rend difficile une extension de ces résultats à des patients humains.
En conclusion, il semble sage d’éviter les extraits de ginkgo, en particulier par les personnes à qui sont prescrites des hormones thyroïdiennes.
 
Sources
L’avis de la revue Prescrire, 2019
Le rapport toxicologique des Instituts de la Santé américains, 2013
Le 28/11/2019
Que pensez-vous de la micronutrition ?
Un concept mal défini, sans efficacité prouvée hors carences et qui ne remplace pas une alimentation équilibrée.
 
Il est difficile de répondre à cette question. En effet, personne n’est d’accord sur la définition et le périmètre de ce qu’on appelle « micronutrition ». La définition la plus souvent acceptée est celle d’une approche préventive, fondée sur l’administration de micronutriments, par exemple des vitamines ou des oligo-éléments.
Là où les choses se compliquent, c’est lorsqu’il s’agit de définir le contexte. Un médecin dans un hôpital qui prescrit de la vitamine C à une personne âgée qui présente des signes de scorbut (oui, cela est récemment arrivé en France) ne fait pas de la micronutrition mais de la médecine, tout simplement. Idem pour tous les médecins généralistes qui prescrivent de l’acide folique (folates, ou vitamine B9) à leurs patientes qui envisagent ou débutent une grossesse (pour réduire le risque de spina bifida chez l’enfant).
Alors pourquoi avoir créé le concept de micronutrition ? D’autant plus qu’une alimentation équilibrée et diversifiée apporte tous les micronutriments dont notre corps a besoin. Un cas particulier qui met en évidence ce qu’on entend par micronutrition est celui des athlètes qui essaient, en enrichissant leur alimentation en micronutriments, d’améliorer leurs performances.
En 2003, l’Afssa (désormais Anses, Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) a publié une expertise sur la validité du concept de micronutrition dans l’alimentation des sportifs. Dans ses conclusions, l’Afssa estimait que :
  • « la micronutrition n’est pas actuellement un concept défini au plan scientifique et ne bénéficie pas d’une reconnaissance officielle des institutions compétentes ;
  • la prise en charge nutritionnelle des sportifs doit se faire conformément aux règles édictées par les recommandations consensuelles et conformément à la réglementation en vigueur ;
  • la supplémentation systématique sans justifications biologiques reconnues est à proscrire ;
  • il n’existe pas actuellement de marqueurs scientifiquement validés et dont le lien avec les effets biologiques revendiqués a été établi. »
En d’autres termes, l’allégation disant que la micronutrition améliore les performances sportives est injustifiée (et interdite sur les emballages de compléments alimentaires).
Pour finir ce rapide tour d’horizon, rappelons que de nombreux micronutriments, lorsqu’ils sont ingérés en excès, sont toxiques : vitamines A, D, E et K, sélénium, fluor, manganèse, cuivre… pour n’en citer que quelques uns. La supplémentation en vitamine E, B6 ou B12, par exemple, augmente significativement le risque de cancer du poumon chez les fumeurs.
 
Sources
L’expertise de l’Afssa sur la micronutrition chez les sportifs, 2003
Les récents cas de scorbut en France, 2019
La toxicité d’une supplémentation en vitamines B6 et B12 chez les fumeurs, 2017
La toxicité d’une supplémentation en vitamine E chez les fumeurs, 1994
Le 20/09/2019
La levure de bière fait-elle réellement pousser les ongles et les cheveux ?
Non, ni la vitamine B1.
La levure de bière est une levure (un champignon microscopique) appelée Saccharomyces cerevisiae, très proche de la levure de boulanger. Elle est employée dans la fermentation de la bière. La levure de bière utilisée comme complément alimentaire est inactivée, c’est-à-dire tuée.
La levure de bière inactivée est utilisée pour ses propriétés nutritives. Elle est riche en protéines, en oligoéléments comme le chrome et le sélénium ainsi qu’en vitamines du groupe B, en particulier en vitamine B1 (thiamine) et B9 (folates). Une cuillerée à café de levure de bière représente un apport quotidien 9 fois supérieur aux apports nutritionnels conseillés en thiamine.
Si les qualités nutritives de la levure de bière ne sont plus à démontrer, aucune étude n’a validé son intérêt dans le traitement de certains problèmes de santé. En 2012, après examen des données scientifiques, l’EFSA (European Food Safety Authority) et la Commission européenne ont estimé que les produits contenant de la levure de bière ne peuvent pas prétendre :
  • contribuer à la santé de la peau, des cheveux ou des ongles ;
  • contribuer au métabolisme énergétique normal et à l’absorption intestinale des nutriments;
  • aider au maintien d’un système nerveux en bonne santé ;
  • stimuler les fonctions physiques ou intellectuelles ;
  • soutenir les défenses immunitaires ;
  • réduire l’inconfort digestif et soulager la diarrhée ;
  • soutenir le cœur et les vaisseaux sanguins ;
  • aider à la synthèse des éléments du sang.
Ces revendications d’effet sont désormais interdites pour les compléments alimentaires contenant de la levure de bière ou des extraits de levure de bière (béta-glucanes). De même, selon l’EFSA, les aliments et les compléments alimentaires contenant de la vitamine B1 ne peuvent pas prétendre être indispensables à la santé des cheveux, des ongles ou de la peau.

Attention, certaines personnes présentent une intolérance à la levure de bière qui se traduit par des maux de tête et des flatulences. De plus, les personnes qui reçoivent de la péthidine (un médicament contre la douleur) ou de l'iproniazide (un médicament contre la dépression) doivent s'abstenir de prendre de la levure de bière: elles risqueraient de développer de l’hypertension artérielle.
 
Sources
L’avis de L’EFSA sur les effets de la levure de bière sur les ongles et les cheveux (p. 731) et sur ceux de la vitamine B1 (p. 595)