Je consulte
les questions et les décodages

Rechercher
Le 22/12/2019
Le champignon polypore oblique est-il efficace contre le cancer ?
Il est trop tôt pour l’affirmer.
 
Le polypore oblique (Inonotus obliquus, également appelée « chaga ») est un champignon parasite du bouleau, fréquent en Russie, en Corée et au Japon (mais également présent… en Auvergne !). Dans ces pays, il est utilisé dans le cadre de la phytothérapie traditionnelle pour faciliter la digestion, soulager les inflammations et lutter contre les infections respiratoires bénignes de l’hiver.
De très nombreuses études scientifiques ont été menées depuis une dizaine d’année avec des extraits de polypore oblique. Ceux-ci sont riches en myco-polysaccharides et en des substances particulières, comme la chagabusone ou le peroxyde d’ergostérol, par exemple.
Dans le tube à essai, les extraits de polypore oblique ont montré une activité certaine contre des cellules de cancer colorectal, de cancer du poumon ou de mélanome (cancer de la peau). Ces effets semblent liés à la concentration de ces extraits en peroxyde d’ergostérol, en chagabusone, mais aussi à celle de diverses substances de la famille des terpènes.
Une étude menée chez la souris a cherché à évaluer si ces effets anticancéreux sont retrouvés lors d’administration de ces extraits à des animaux. Chez des souris inoculées avec des cellules de cancer du poumon, l’administration intraveineuse continue d’extraits de polypore oblique a ralenti la croissance des tumeurs du poumon et des métastases associées (mais elle n’a pas guéri ce cancer, ni montré de rôle préventif avant inoculation par les cellules cancéreuses). Cette étude était menée contre placebo.
Précisons que le mode d’administration choisi était l’intraveineuse continue parce que les principes actifs de ce champignon (comme ceux du maïtaké ou du reishi, deux autres champignons utilisés en phytothérapie) ne sont pas absorbés par l’intestin. Une fois ingérés, ils se retrouvent dans les selles, à l’exception d’une petite fraction qui semble être digérée par les bactéries de la flore intestinale. Les deux seuls médicaments anticancéreux issus des champignons (prescrits au Japon) sont administrés par voie intraveineuse, en même temps que la chimiothérapie, dans le cadre du traitement des cancers du tube digestif ou du col de l’utérus.
Deux conclusions : en l’état des connaissances, rien ne permet d’affirmer que les extraits de polypore oblique sont efficaces contre le cancer chez l’homme et, dans tous les cas, la prise de polypore oblique par voie orale ne permet pas à ses substances actives d’être absorbées par l’intestin.
 
Sources
 
Deux exemples d’études sur des cellules cancéreuses en culture : L’étude récente portant sur des souris, 2016
Une synthèse des connaissances sur les effets des extraits de polypore oblique, 2018
Le 16/12/2019
Le pamplemousse est-il mauvais pour les cancers du sein, comme la grenade ?
Par précaution, il est à éviter lors de traitement par chimiothérapie.
 
Commençons tout d’abord par dire qu’aucune étude n’a jamais montré que la grenade était déconseillée en cas de cancer du sein. Au contraire, au début des années 2000, de nombreuses études ont été publiées montrant que le jus (en particulier fermenté) ou des extraits de grenade réduisait la prolifération de cellules de cancer du sein dans le tube à essai. Néanmoins, ces études n’ont jamais menées à une grande étude clinique chez la femme pour évaluer leurs capacités à prévenir ou soulager les cancers du sein. Donc, s’il est impossible d’affirmer que la grenade soit bénéfique en cas de cancer du sein, il semble très peu probable qu’elle soit nocive.
Concernant le pamplemousse, son effet négatif est lié à ses interactions avec certains médicaments de chimiothérapie. En règle générale, lorsqu’on reçoit un traitement contre le cancer, il est préférable de ne pas consommer de jus de pamplemousse. C’est également le cas d’autres médicaments prescrits pour d’autres maladies. Consultez notre réponse à ce sujet.
 
Sources
Trois études sur les effets du jus ou des extraits de grenade sur les cellules du cancer du sein
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=kapoor+pomegranate+2015
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/?term=kim+pomegranate+2002
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/15554563
Le thésaurus des interactions médicamenteuses de l’ANSM, septembre 2019 (le jus de pamplemousse est aux pages 180-181)
 
Le 06/12/2019
Peut-on associer l'homéopathie et la phytothérapie à une chimiothérapie ?
Seulement en respectant certaines règles de sécurité.
 
De nombreuses personnes traitées par chimiothérapie anticancéreuse se posent la question de compléter leur traitement par l’usage de médecines dites « alternatives », comme l’homéopathie ou la phytothérapie. Si ces médecines ne prétendent pas guérir le cancer, elles proposent d’améliorer la qualité de vie et, éventuellement, de réduire les effets indésirables de la chimiothérapie.
Pour toutes ces médecines non conventionnelles, certaines règles de bon usage s’imposent :
  • en discuter avec son équipe soignante avant de les utiliser : les équipes en cancérologie sont ouvertes à ce sujet et peuvent partager l’expérience des patients qui ont fait ce choix auparavant ;
  • informer son médecin oncologue afin qu’il puisse être attentif à d’éventuelles interactions entre chimiothérapie et médecines non conventionnelles (il ne faut JAMAIS lui cacher cet usage) ;
  • ne pas arrêter ou diminuer la chimiothérapie (en particulier celle par voie orale) ou les autres traitements sous prétexte que l’on prend des plantes ou de l’homéopathie.
En règle générale, l’homéopathie ne présente pas de problèmes d’interactions médicamenteuses avec la chimiothérapie. Ce n’est pas le cas des plantes dont certaines peuvent diminuer son efficacité, augmenter sa toxicité, voire stimuler la croissance des cellules cancéreuses. C’est le cas, par exemple, chez les femmes qui souffrent d’un cancer du sein ou de l’utérus dit « hormonodépendant » : de nombreuses plantes médicinales contiennent des phytoestrogènes, des substances qui agissent sur le corps à la manière des hormones féminines. Les femmes qui souffrent de ce type de cancer doivent utiliser ces plantes sous contrôle médical (ou s’abstenir de les utiliser) : par exemple le trèfle rouge, l’actée à grappes noires, le dong qai, le gattilier, le soja, la ballotte, la bourrache, etc.
De plus, certaines plantes modifient la façon dont notre corps élimine les médicaments (soit en accélérant l’élimination au détriment de l’efficacité, soit en la ralentissant au risque de la toxicité). L’exemple le plus connu de ce type de plante est le millepertuis, mais il en existe d’autres (comme le jus de pamplemousse).
En conclusion, il est possible de les associer mais dans la plus grande transparence et en continuant à prendre les traitements prescrits par son médecin. De plus, attention aux dérives sectaires de certains praticiens « alternatifs » qui abusent de la vulnérabilité des personnes malades.
 
Sources
« Les médecines complémentaires » ? Ligue suisse contre le cancer, 2019
« Médecines alternatives et cancer », Ligue nationale contre le cancer, 2019
« Médecines complémentaires », Institut national du cancer
Le 23/09/2019
Le thé matcha est il efficace contre le cancer ?
Il n’existe pas de preuves d’un effet bénéfique sur la prévention ou le traitement des cancers.
 
Le thé, et en particulier le thé vert, est abondamment vanté dans les médias pour une multitude d’éventuels bienfaits. Toutes les variétés de thés sont issues du même arbuste : Camellia sinensis. Le thé matcha est un thé vert japonais comme les autres, seule sa préparation finale varie : une fois séché, il est broyé dans de petites meules de pierre pour obtenir une poudre ultrafine. Cette poudre est ensuite fouettée dans de l’eau tiède pour obtenir un breuvage mousseux au cours de la cérémonie du thé traditionnelle japonaise.
Les études portant sur les propriétés préventives du thé dans le cadre du cancer n’ont pas montré de manière certaine de bénéfices à consommer du thé vert. Ce sont essentiellement des études d’observation qui mettent (ou non) en évidence un plus faible risque de développer un cancer chez les personnes qui consomment spontanément de grandes quantités de thé. Mais l’influence des autres facteurs (alimentation ou vie plus saine en général) n’est quasiment jamais prise en compte. Or les personnes qui consomment régulièrement du thé semblent avoir une meilleure hygiène de vie globale.
Sur des cellules en culture, la catéchine EGCG (épigallocatéchine-3-gallate, une substance anti-oxydante propre au thé) a montré une capacité certaine à inhiber la croissance de plusieurs types de cellules cancéreuses. On pense que cet effet est lié à ses propriétés antioxydantes et à sa capacité à inhiber une enzyme nécessaire à la croissance des cellules cancéreuses, l’urokinase. Mais aucune étude clinique n’a évalué si cet effet se retrouve dans l’organisme.
Les Instituts nationaux de la santé américains (NIH) ont publié un avis officiel rappelant l’absence de preuves quant aux effets du thé dans la prévention ou le traitement des cancers.

Sources
L’avis du NIH sur le thé vert
La fiche de l’Agence européenne sur le thé vert
 
Le 04/07/2019
L’huile de palme est-elle cancérigène ?
Elle contient des composés cancérigènes qui sont surveillés par les autorités.
Lorsque les huiles végétales sont raffinées à température élevée (plus de 200°C) et pendant le processus de désodorisation, certaines substances se forment comme, par exemple, des esters glycidyliques d’acides gras (GE), du 3-monochloro-propanol-1,2-diol (3-MCPD) et du 2-monochloro-propanol-1,2-diol (2-MCPD). Les huiles et graisses de palme sont celles qui en contiennent la plus grande concentration, en particulier du 3-MCPD, mais des progrès dans les techniques de raffinage ont permis de faire baisser cette concentration de moitié entre 2010 et 2015.
Une fois ingérées, ces substances se transforment en glycinol, une substance reconnue pour ses propriétés cancérigènes, mais aussi pour son effet négatif sur les reins et la fertilité masculine. Pour cette raison, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a évalué les risques pour la santé publique associés à ces substances et a fixé une dose journalière tolérable de 3-MCPD.  De 0,8 microgrammes/kg (de poids d’une personne) en 2016, cette dose journalière tolérable a été portée à 2 microgrammes/kg en 2018, après une contre-expertise provoquée par un désaccord avec les experts de la Food and Agricultural Organization (FAO). Donc pour une personne de 70 kg, pas plus de 140 microgrammes de 3-MCPD par jour (0,14 mg).
Quel est le risque de dépasser cette valeur maximale pour un consommateur courant ? Selon l’EFSA, un consommateur adulte moyen est à risque faible s’il a une consommation raisonnable de produits contenant de l’huile de palme (présente en particulier dans les biscuits et gâteaux, certaines pâtes à tartiner et certaines margarines). Le risque passe de « faible » à « modéré » pour les gros consommateurs de produits contenant de l’huile de palme. Le risque devient plus problématique pour les enfants (qui consomment beaucoup de biscuits ou de pâte à tartiner par rapport à leur poids) et, surtout, pour les nourrissons, certains laits maternisés contenant de grandes quantités d’huile de palme (nécessaires pour remplacer les graisses du lait maternel). Néanmoins, l’EFSA se veut rassurante et écrit que « les nourrissons alimentés uniquement à base de lait maternisé pourraient légèrement dépasser le niveau sans danger. »
Rappelons néanmoins que l’huile de palme possède, par ailleurs, de mauvaises qualités nutritionnelles puisqu’elle est riche en acides gras saturés (comme les graisses animales) et contribue donc à un taux élevé de cholestérol LDL (« mauvais cholestérol »). De plus, sa production a été dénoncée parce qu’elle encourage la déforestation de forêts tropicales, réduisant ainsi leur capacité à contrôler le réchauffement climatique et contribuant à la perte de la biodiversité dans ces régions.
En conclusion, pour ces diverses raisons, il convient d’être vigilant sur la présence d’huile de palme dans les aliments qu’on achète et de consommer avec modération ceux qui en contiennent.
 
Sources
L’avis original de l’EFSA en 2016
L’avis corrigé de l’EFSA en 2018
Une synthèse (en anglais) de ce qu’on sait sur le 3-MCPD
Les caractéristiques nutritionnelles de l’huile de palme