Je consulte
les questions et les décodages

Rechercher
Il y a 14 jours
La broméline (ou bromélaïne) a-t-elle une action anti-inflammatoire ?
Il est trop tôt pour l’affirmer, mais certaines études le suggèrent.

La bromélaïne (également appelée broméline) est un mélange d’enzymes extrait de l’ananas et capable de digérer les protéines. Pour cette raison, elle est utilisée comme additif alimentaire, par exemple pour attendrir la viande. En France, la bromélaïne entre dans la composition d’un médicament destiné à accompagner le traitement des œdèmes (gonflements) liés à une opération ou à un traumatisme.
La bromélaïne est présente dans des compléments alimentaires destinés à soulager les troubles digestifs, l'arthrose et les maladies inflammatoires, les jambes lourdes, les œdèmes (gonflements) dus à la chirurgie ou à un traumatisme, le surpoids ainsi que les règles douloureuses. Quelle validité pour ces allégations ?
En 2012, les autorités de santé européennes (EFSA, European Food Safety Authority et la Commission européenne), après examen des données scientifiques, ont estimé que les produits à base de bromélaïne ne peuvent pas prétendre :
  • réduire la sensation de jambes lourdes, améliorer la circulation dans les petits vaisseaux sanguins, ou augmenter la fluidité du sang ;
  • prévenir ou soulager les digestions difficiles et l’inconfort gastro-intestinal, ou améliorer la digestion des aliments ;
  • contribuer à maintenir l’efficacité du système immunitaire ;
  • aider à perdre du poids ou à maintenir un poids optimal, ou lutter contre la cellulite.
Ces revendications d’effet sont désormais interdites pour les produits contenant de la bromélaïne ou des extraits d’ananas. Mais qu’en est-il de ses supposées propriétés anti-inflammatoires ?
De nombreuses études ont suggéré que la bromélaïne exerce un effet anti-inflammatoire, mais la quasi-totalité de ces études ont été menées dans le tube à l’essai et non chez l’animal ou l’homme, ce qui limite leur portée.
Chez l’animal, une étude suggère que l’administration de bromélaïne réduit l’inflammation de l’intestin chez des souris souffrant de syndrome inflammatoire intestinal. Une autre étude suggère un effet anti-inflammatoire au niveau des bronches chez des souris atteintes d’asthme.
Trois études ont eu lieu chez l’homme. Dans la première, la bromélaïne a été administrée après une intervention visant à enlever les dents de sagesse. Dans cette étude, la bromélaïne a réduit la douleur après l’intervention mais n’a eu aucun effet sur l’œdème ou sur les contractures des mâchoires. La seconde, menée avec un placebo, a montré que l’administration de bromélaïne modifie la réaction de certains globules blancs face à une stimulation, suggérant un effet anti-inflammatoire. Néanmoins, une autre étude contre placebo, menée chez des personnes souffrant d’arthrose du genou, n’a pas observé d’effet anti-inflammatoire.
En conclusion, il est trop tôt pour affirmer que la bromélaïne possède des effets anti-inflammatoires avérés. Néanmoins, les résultats disponibles à ce jour indiquent qu’il serait intéressant de continuer à mener des études à ce sujet.
 
Sources
L’étude sur les souris atteintes de syndrome inflammatoire intestinal, 2005
L’étude sur les souris atteintes d’asthme, 2012
L’étude sur les suites d’extraction des dents de sagesse, 2019
L’étude sur les effets sur les globules blancs chez l’homme, 2013
L'étude sur l’arthrose du genou, 2006
Il y a 37 jours
La fasciathérapie offre-t-elle de réels bénéfices ?
Elle pourrait être utile dans le traitement des troubles musculosquelettiques.
 
Les fascias, ou tissu conjonctif, sont les membranes qui enveloppent et soutiennent les organes. Très riches en collagène, ils peuvent être plus ou moins élastiques ou fibreux, selon les organes qu’ils enveloppent. Les fascias sont présents sous la peau, autour des muscles, autour de certains viscères, etc. Ce sont des tissus chargés du soutien et contribuant à la transmission des forces musculaires. Ils sont parcourus de fibres nerveuses et contribuent également à la sensation de notre corps dans l’espace (la « proprioception »).
Depuis quelques années, une forme de thérapie manuelle, la fasciathérapie, propose de contribuer à la santé à l’aide de massages et de mouvements contrôlés (un peu comme le fait la kinésithérapie). La fasciathérapie est censée être utile pour soulager les douleurs musculosquelettiques (par exemple le mal de dos ou les suites d’un accident), mais également le stress, l’anxiété, la migraine, etc. La fasciathérapie n’est pas remboursée par l’Assurance maladie.
Les études cliniques qui ont été faites sur la fasciathérapie concernent uniquement son application dans le traitement des troubles musculosquelettiques. Ces études, certes modestes mais de bonne qualité méthodologique (randomisation), suggèrent un intérêt dans le mal de dos, l’instabilité de la cheville (chez les footballeurs), le syndrome du canal carpien et plusieurs autres types de troubles articulaires ou tendineux. Par contre, aucune étude sérieuse n’a été publiée dans le contexte de l’anxiété, de la migraine, des troubles digestifs ou gynécologiques, par exemple.
Dès 2002, des travaux ont suggéré que l’acupuncture génère des modifications au niveau des fascias (et des cellules qui les composent, les fibroblastes). De fait, l’extrémité des aiguilles d’acupuncture, une fois posées, se trouve le plus souvent au niveau des fascias. Les auteurs de ces travaux suggèrent que l’effet de l’acupuncture serait lié à une restructuration locale des fascias en réaction au microtraumatisme local. Pour l’instant, ce ne sont que des hypothèses dont on ne peut tirer ni conclusions, ni applications pratiques. Les liens entre acupuncture et fasciathérapie restent à éclaircir.
 
Sources
Quelques études sur l’intérêt de la fasciathérapie dans les problèmes articulaires
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/25603750/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30691738/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31103114/
 
La première étude qui a décrit des liens possibles entre acupuncture et fascias, 2002
Il y a 37 jours
Sport et production d'endorphines : mythe ou réalité ?
Réalité.
 
Depuis 30 ans, de très nombreuses études ont confirmé que l’exercice physique, mené avec une intensité et une durée suffisantes, stimule la production d’une endorphine, l’endorphine béta, par le cerveau. Cette sécrétion d’endorphine dans le sang réduit la douleur provoquée par l’effort, améliore la résistance des muscles aux lactates (responsables des crampes) et provoque un état légèrement euphorique. Par contre, un entraînement physique trop intensif nuit à la production de cette béta endorphine.
Contrairement à ce qu’on peut lire dans la presse grand public, la dépendance à l’activité physique, réelle chez certains sportifs, ne semble pas due à cette sécrétion d’endorphine et à un éventuel effet de manque provoqué par l’arrêt de l’activité physique.
Les endorphines ne sont pas les seules substances psychoactives qui sont sécrétées pendant le sport. C’est également le cas de la dopamine et de la sérotonine, deux messagers chimiques qui provoquent également une sensation de bien-être. Pour toutes ces raisons, et probablement d’autres qui restent à découvrir, la pratique régulière d’une activité physique ou d’un sport exerce un effet positif sur le moral. Pour les personnes anxieuses ou dépressives, l’activité physique fait même partie de la prise en charge thérapeutique.
 
Sources
« Les effets de l’activité physique sur le moral », Axa Prévention
Deux articles scientifiques sur la sécrétion d’endorphines pendant le sport
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/1553453/
https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/9257407/
Une étude sur la dépendance au sport et les endorphines
Il y a 49 jours
Les probiotiques Lactobacillus et Bifidobacterium sont-ils clés pour le système immunitaire ?
Les autorités sanitaires européennes pensent que ce n’est pas le cas.

Les probiotiques sont des micro-organismes vivants qui peuvent coloniser temporairement notre intestin. Sous ce terme, on regroupe des bactéries (bifidobactéries, lactobacilles, lactocoques, etc.) et des levures (saccharomycètes).
Pendant quelques années, les producteurs de produits laitiers ont commercialisés des yaourts dont ils vantaient les bénéfices pour le maintien de l’immunité, en particulier ceux contenant du bifidus (des bifidobactéries). Vous avez sûrement remarqué que ces produits, s’ils existent toujours, ne sont plus promus pour leurs éventuels bienfaits sur l’immunité. Que s’est-il passé ?
Pour qu’un produit alimentaire (aliment ou complément alimentaire) puisse se prévaloir de bénéfices en termes de santé (ce qu’on appelle les « allégations de santé »), il est nécessaire que ces bienfaits soient, au vu des connaissances scientifiques, reconnus comme raisonnables par l’Agence européenne de sécurité des aliments (European Food Safety Authority, EFSA).
En 2012, les autorités de santé européennes (EFSA et la Commission européenne) se sont prononcées sur certaines allégations santé des aliments et des compléments alimentaires contenant une très grande variété de probiotiques (de toutes espèces, dont les bifidobactéries et les lactobacilles).
Après examen des données scientifiques, elles ont estimé que les produits qu’elles ont examiné ne peuvent ni prétendre contribuer au bon fonctionnement du système immunitaire et renforcer la résistance aux infections, ni réduire la sensibilité du système immunitaire aux allergènes, ni maintenir le bon état des défenses immunitaires de la peau (entre autres bienfaits proposés pour les probiotiques). Ces revendications d’effet sont désormais interdites. Il est remarquable de noter qu’aucune allégation de santé relative aux probiotiques déposée par les industriels auprès de l’EFSA n’a été reconnue comme valide.
La contribution des probiotiques au renforcement des défenses naturelles des nourrissons, reconnue par l’ancienne Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments, désormais Anses), en particulier avec la souche Bifidobacterium lactis Bb12, n'a pas été validée par les autorités sanitaires européennes en 2012.
Donc, pour l’instant, on ne peut pas affirmer que ces probiotiques ont un bénéfice dans le maintien d’une immunité efficace.
 
Sources
La liste des allégations de santé interdites et autorisées par l’EFSA, : EU Register of nutrition and health claims made on foods, European commission, 2016
Il y a 49 jours
Le microbiote intestinal est-il capable de réguler le taux de sucre dans le sang ?
Il semble effectivement y contribuer, en tout cas chez la souris.

Votre question fait référence a une étude parue fin août 2020 dans la revue scientifique Science.
Cette étude, menée chez la souris, suggère que des cellules nerveuses (neurones), situées dans la paroi de certaines régions de l’intestin (la partie terminale de l’intestin grêle et le côlon), peuvent directement influencer l’appétit et le taux de sucre dans le sang (glycémie). Ces neurones sont organisés en petites structures dans la paroi, les plexus d’Auerbach et ceux de Meissner. Ils sont également impliqués dans le contrôle des mouvements et des sécrétions de l’intestin.
Ces neurones ont la particularité d’être sensibles à la fois au volume et à la nature des aliments présents dans l’intestin, mais aussi à des messagers chimiques sécrétés par certaines des bactéries qui composent notre microbiote intestinal (la « flore intestinale »).
Dans l’étude récemment publiée, les auteurs ont montré que ces neurones sont effectivement sensibles au microbiote intestinal et qu’ils sont directement connectés au foie et au pancréas, ce qui pourrait expliquer leurs effets sur le taux de sucre dans le sang.
Rappelons que le taux de sucre dans le sang est également régulé par de nombreux autres facteurs dont deux hormones, l’insuline et le glucagon. La place de ces neurones dans le contrôle global de la glycémie reste à comprendre de manière fine.
Quelles conséquences pour la santé humaine ? Pour l’instant, aucune. Cette découverte reste d’ailleurs à confirmer chez l’homme. Elle constitue une brique supplémentaire dans notre compréhension des mécanismes complexes qui lient notre microbiote intestinal et notre métabolisme (c’est-à-dire la façon dont notre corps stocke ou utilise l’énergie apportée par les aliments).
 
Sources
L’étude récemment publiée dans la revue Science : Microbiota-modulated CART+ enteric neurons autonomously regulate blood glucose, Science, 2020