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Le 17/12/2021
L’immunité après une Covid-19 est-elle meilleure qu’après un vaccin contre cette maladie ?
Les deux sont trop variables pour être comparées.
 
Cette question revient souvent dans les discussions en ligne sur la Covid-19. S’il semble intéressant de la poser, il est malheureusement impossible d’y répondre, pour plusieurs raisons que nous allons détailler.
 
Tout d’abord, il est important de réaliser que, après un épisode de Covid-19, l’immunité obtenue est extrêmement variable selon la personne. En effet, on sait depuis le printemps 2020 que cette immunité est proportionnelle au degré de sévérité de la maladie. Les personnes qui ont connu une forme sévère ont davantage d’anticorps que celles qui ont connu une forme légère. De plus, chez les personnes qui ont fait une Covid-19 sans symptômes (environ 40 % des personnes infectées), il n’est pas rare que le sang ne contienne aucun anticorps (l’immunité développée reste localisée dans le nez et la gorge).

Dans ces conditions, comme comparer l’immunité après une Covid-19 à celle obtenue après une vaccination ? Quel type de patient prendre en compte pour comparer ?

L’immunité obtenue par vaccination est moins variable que l’immunité due à la maladie, mais elle est néanmoins variable. Par exemple, sa qualité décroît avec l’âge de la personne et la durée depuis la vaccination. De nouveau, comment comparer des statuts immunitaires qui varient tant d’un individu à l’autre ?
 
Une manière de faire une comparaison consiste à comparer le taux de réinfection chez les personnes immunisées par la maladie et d’infection chez celles vaccinées (les « infections perthérapeutiques » ou « breakthrough infections »).

Chez les personnes qui ont eu la Covid-19, le taux de réinfection dépend du variant qui a causé la 1e infection et de de celui qui cause la réinfection. Par exemple, des données obtenues en Afrique du Sud (dans le cadre d’un essai sur le vaccin Novavax) ont montré que 5 % des personnes qui avaient eu une Covid-19 due au variant D614G (celui qui a sévi en 2020) se réinfectaient avec le variant Bêta. Une synthèse sur le sujet faite par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies américains (CDC, voir Sources) indique qu’un épisode de Covid-19 dû à D614G protègerait contre une réinfection par Alpha ou Delta à 84-93 % contre les formes symptomatiques (mais seulement à 52 % contre les formes sans symptômes).

Chez une personne vaccinée (deux doses de vaccins à ARNm), la protection contre Alpha ou Delta se situe dans les mêmes ordres de grandeur : autour de 85-95 % contre les formes symptomatiques, et autour de 50 % contre les formes sans symptômes. On ne dispose pas encore de données vraiment fiables concernant les (ré)infections par le variant Omicron.
 
En conclusion, parce que l’immunité après une infection ou après une vaccination est très variable selon les personnes, et parce que de nouveaux variants ont, de manière répétée, compliqué les études comparatives, il n’est pas possible d’apporter une réponse définitive à cette question. Néanmoins, ce qui semble clair (et les données obtenues avec Omicron le suggèrent très fortement), c’est que l’immunité la plus efficace et la plus durable semble être celle obtenue par la combinaison « épisode de Covid-19, puis vaccination ».
 
Sources
 
Le document de synthèse des CDC, 29 octobre 2021
Un article de synthèse sur les réinfections par SARS-CoV-2, mars 2021
Le 17/12/2021
Y a-t-il un intérêt à porter un masque en extérieur ?
Cet intérêt n’a été démontré que dans les lieux de rassemblement.
 
Parmi les mesures barrières contre la Covid-19, le port du masque en intérieur est indispensable, y compris dans les lieux où se regroupent des personnes qui possèdent toutes un passe sanitaire. Mais qu’en est-il du port du masque à l’extérieur, par exemple sur les marchés ?
La contamination par le coronavirus de la Covid-19 se fait essentiellement en inspirant des aérosols de virus, aérosols qui sont produits par les personnes infectées lorsqu’elles respirent, parlent, chantent, etc. et qui diffusent à la manière de la fumée de tabac. Le risque d’infection est proportionnel à la concentration de ces aérosols dans l’air ambiant, ce qui rend les lieux clos mal ventilés particulièrement propices à la contamination.

À l’extérieur, dans la plupart des situations, la ventilation naturelle dilue les aérosols au-dessous des seuils de risque et il n’est pas nécessaire de porter un masque, sauf dans un contexte de foule où les personnes sont proches les unes des autres de manière prolongée, par exemple les concerts en plein air, les marchés et brocantes, les rues bondées, les files d’attente dans un lieu semi-clos comme les abris de bus ou de tramways, les manifestations, etc. Des cas de contamination dans des files d’attente ont été décrits dans plusieurs pays.
Certaines communes ont récemment (novembre 2021) imposé de nouveau le port du masque en extérieur sur l’ensemble de leur territoire. Hormis les lieux particuliers mentionnés précédemment, leur décision n’est pas justifiée par des données scientifiques probantes sur le risque de contamination. Cette décision relève plutôt du principe de précaution.

Pour évaluer (approximativement) le risque d’un lieu, intérieur ou extérieur, il suffit de se demander si, en présence de plusieurs fumeurs autour de vous, vous seriez incommodé-e par la fumée : distance entre les personnes, durée de votre présence dans le lieu, ventilation du lieu. Si la réponse est oui, mieux vaut porter un masque.
 
Sources
 
Un article de la Revue médicale suisse sur le sujet, septembre 2020
Un article qui évoque les incertitudes à ce sujet, mai 2021
Le 15/12/2021
Les vaccins contre la Covid-19 ont-ils entraîné des décès chez les enfants américains ?
Non.
 
Mi-décembre 2021, environ 2 millions d’enfants américains de moins de 12 ans ont reçu 2 injections de vaccins à ARNm contre la Covid-19 et 3 millions ont reçu une première injection.

Au 12 décembre 2021, aucun décès à la suite d’une vaccination n’avait été signalé, comme le confirme Martha Sharan, porte-parole du Comité sur la vaccination des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC), auprès du quotidien USA Today. Par ailleurs, le Pr Sonja Rasmussen, du département d’épidémiologie pédiatrique de l’Université de Floride, précise au même quotidien que « si environ 700 enfants sont décédés de la Covid-19 aux États-Unis (depuis le début de la pandémie), je n’ai connaissance d’aucun décès lié à la vaccination contre cette maladie. »

Par ailleurs, dans les essais cliniques menés par les laboratoires Pfizer et Moderna auprès d’enfants âgés de 5 à 11 ans, aucun décès n’a été observé.

Cette rumeur trouve sa source dans une base de données appelée VAERS. Le VAERS (Vaccine Adverse Event Reporting System) a été créé en 1990 aux États-Unis. Il est destiné à recueillir les signalements d’effets indésirables des vaccins (tous vaccins confondus) et il est ouvert à tous. N’importe qui peut signaler un effet indésirable sans avoir à justifier sa déclaration. Ce n’est que par la suite que les équipes du VAERS cherchent à confirmer la déclaration et à associer l’effet indésirable rapporté au médicament incriminé. Il s’agit donc de données non vérifiées.

Diverses personnalités américaines opposées aux vaccins contre la Covid-19 ont encouragé leurs lecteurs à déposer des signalements de décès ou autres effets graves sur le VAERS, que ces signalements soient vrais ou faux. C’est le cas, par exemple, du groupe antivaccins dirigé par l’Américain Robert F. Kennedy Jr. Ce qui rend la tâche difficile aux vérificateurs du VAERS et en fait une base de données sans fiabilité, largement exploitée par les désinformateurs qui la nourrissent eux-mêmes de signalements sans preuves.
 
Sources
 
Le décodage du quotidien USA Today sur ce sujet
Le site du VAERS
Le 15/12/2021
Au Danemark, les infections par Omicron touchent-elles surtout les personnes vaccinées ?
Les personnes doublement vaccinées, mais pas les triplement vaccinées.
 
Votre question provient du tweet d’un épidémiologiste médiatique : « Données danoises Omicron : 8 % chez les triples vaccinés, 5,5 % chez les doubles vaccinés, 1,2 % chez les non-vaccinés. Omicron sélectionne les vaccinés car l'échappement vaccinal lui confère un avantage chez ces personnes. » Ces données proviennent de la Table 4 du document de suivi quotidien des infections par Omicron publié par le Statens Serum Institute (SSI) danois (voir Sources) sur les 4251 cas d’Omicron identifiés au Danemark entre le 22/11 et le 11/12/2021.

Analysons ces chiffres (dans la version du 14/12, plus récente que celle du tweet) : selon le SSI, 9 % des cas d’Omicron (384/4251) ont touché des personnes ayant reçu 3 injections, 79 % (3360/4251) des personnes ayant reçu 2 injections, 2 % (99/4251) des personnes ayant reçu 1 injection et 10 % (408/4251) des personnes ayant reçu aucune injection.
Ces chiffres montrent que les personnes vaccinées représentent la majorité des cas d’Omicron. Mais pour savoir si ces personnes sont proportionnellement plus touchées que les non vaccinées, il est nécessaire de comparer ces pourcentages à ceux de la vaccination dans la population danoise.

Au Danemark, 23 % des personnes ont reçu 3 injections, 58 % 2 injections, 3 % 1 injection et 16 % aucune injection (données de la Danish Health Authority au 14 décembre 2021, voir Sources). Ainsi, en comparant ces pourcentages :
  • 23 % des Danois (3 injections) ont constitué seulement 9 % des cas d’Omicron, une sous-représentation proportionnelle qui confirme la protection de 3 doses de vaccin contre Omicron (sans protection, ils auraient représenté 23 % des cas) ;
  • 58 % (2 injections) représentent 79 % des cas d’Omicron, une surreprésentation qui confirme que 2 doses de vaccin ne sont pas suffisantes pour protéger contre Omicron ;
  • 3 % (1 injection) représentent 2 % des cas d’Omicron, montrant qu’une seule injection n’a quasiment aucun effet protecteur :
  • 16 % (aucune injection) représentent 10 % des cas d’Omicron, ce qui est difficile à expliquer car cela semble indiquer une protection de l’absence de vaccination.
Quelles hypothèses en tirer ? Concernant les personnes non vaccinées, proportionnellement moins touchées qu’attendu, on peut penser que ces personnes sont globalement plus prudentes que les personnes vaccinées, donc moins exposées au virus. Concernant les personnes doublement vaccinées, il est possible que, au contraire des personnes non vaccinées, elles soient moins prudentes dans leurs gestes barrières, sécurisées par leur vaccination. Comme leur immunité ne suffit pas face à Omicron, elles seraient préférentiellement touchées par ce variant. L’hypothèse du tweet sur une sélection des vaccinés par Omicron n’est pas crédible car le virus ne « sait » pas si une personne est vaccinée avant de l’infecter.

La bonne nouvelle est la sous-représentation des personnes triplement vaccinées, ce qui témoigne du bénéfice de la 3e injection contre ce nouveau variant.
 
Sources
 
Les données du SSI sur les cas d’Omicron, 14 décembre 2021
Les données de la Danish Health Authority sur la vaccination, 14 décembre 2021
Le 14/12/2021
Est-il vrai qu'un tiers des personnes vaccinées en réanimation ont en fait de faux passes sanitaires ?
Cela semble être le cas dans les Alpes-Maritimes.
 

Cette information est issue d’un article du quotidien Le Parisien qui fait le point sur la question des patients hospitalisés pour Covid-19 malgré une vaccination et qui, en fait, ont présenté un passe sanitaire falsifié lors de leur admission (et donc n’étaient pas vaccinés).
Dans cet article, la responsable du service de soins intensifs (« réa ») du CHU de Nice affirme que 30 % des patients admis dans son service avaient obtenu un « passe sanitaire de complaisance », c’est-à-dire un passe sanitaire attribué après une vaccination… qui n’avait pas eu lieu. De fait, le ministre de l’Intérieur a affirmé le 12 décembre 2021 que 400 enquêtes pour attribution de passes sanitaires de complaisance étaient en cours, avec une estimation de plusieurs milliers de ces passes en circulation.
 
Pour être obtenus, ces passes de complaisance ont dû être enregistrés dans la base de données de l’Assurance maladie à l’aide d’une carte de professionnel de santé. Des cas de détournements de carte ont été signalés, en particulier dans certains centres de vaccination des Alpes-Maritimes. Des médecins ayant vendu des passes de complaisance ont également été identifiés et sont aujourd’hui inquiétés par la justice.
 
Ces faux passes sanitaires sont problématiques à deux niveaux. Au niveau des soins, chez une personne vaccinée admise en soins intensifs, une recherche d’anticorps est souvent effectuée pour évaluer son immunité vaccinale. Lorsqu’aucun anticorps n’est identifié alors qu’il y a eu vaccination, des examens spécifiques ont lieu pour rechercher la cause d’une éventuelle immunodépression. Lorsque la personne prétend être vaccinée et ne l’est pas, cette absence d’anticorps peut donc pousser les médecins dans une mauvaise direction. De plus, cette fausse déclaration peut retarder l’administration d’anticorps monoclonaux (puisque les médecins pensent que le patient est vacciné), ce qui réduit l’efficacité de la prise en charge médicale.
 
D’autre part, ces « faux vaccinés » font artificiellement gonfler le pourcentage de personnes vaccinées dans les services de soins intensifs et donnent une image dégradée de l’efficacité des vaccins contre les formes sévères de Covid-19.
 
Sources
 
« Covid-19: les services de réa parviennent-ils à identifier les faux vaccinés ? », Check News, Libération, 9 décembre 2021
« Ils regrettent, ils ont peur de mourir : ces malades en réa qui avouent avoir utilisé un faux passe sanitaire », Le Parisien, 14 décembre 2021
« On fait le point sur les faux pass sanitaires et les réseaux qui les fournissent sur la Côte d'Azur », France 3 Provence Côte d’Azur, 13 décembre 2021