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les questions et les décodages

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Le 07/01/2022
Les masques FFP2 sont-ils vraiment plus efficaces que les masques chirurgicaux ?
Oui, ils seraient 70 à 75 fois plus efficaces.
 
Les masques FFP2 (norme européenne EN 149, normes N95 ou KN95 dans d’autres pays) filtrent 94 % des particules d’une taille de 0,6 micromètre, les rendant efficaces pour bloquer l’aspiration d’aérosols porteurs de virus. De plus, lorsqu’ils sont bien mis, l’air inspiré et expiré passe obligatoirement à travers leur matériau : bien ajustés, ils ne laissent pas passer l’air sur les bords du masque, comme cela est le cas pour les masques chirurgicaux.

Une étude parue le 7 décembre 2021 (voir Sources) a confirmé l’efficacité des masques FFP2 pour se protéger contre les virus aéroportés et protéger les autres si l’on est infecté. Selon cette étude, si une personne non infectée porte un masque chirurgical lors d’une discussion avec une personne infectée, non masquée, à une distance de 1,50 mètre, le risque d’infection est de 90 % après 30 minutes de conversation. Avec un masque FFP2, ce risque passe à 20 %, même après une discussion de 60 minutes. Si les deux personnes portent un masque chirurgical, le risque est inférieur à 30 %, même après 60 minutes. Mais si les deux individus portent un masque FFP2 correctement ajusté, ce risque tombe à 0,4 % après 60 minutes de conversation !
 
Les auteurs de cette étude évoquent également le fait que, dans la vie quotidienne, les probabilités d’infection sont 10 à 100 fois plus faibles que dans les conditions du laboratoire. Dans ce contexte, les masques FFP2 feraient passer le risque d’infection à 0,001- 0,014 %, contre 0,1 - 1 % pour les masques chirurgicaux. Cette protection supplémentaire est particulièrement importante dans les situations d’exposition importante : lieux confinés, rassemblements de personnes, séjour prolongé dans un même lieu, par exemple.
 
Néanmoins, les masques FFP2 correctement portés gênent davantage la respiration qu’un masque chirurgical. Ils sont donc davantage indiqués lorsque les personnes qui les portent ne s’engagent pas dans une activité soutenue, une activité sportive par exemple. Dans ce cas, les masques chirurgicaux restent plus confortables.
 
Sources
 
L’étude parue le 7 décembre 2021
L’avis du Comité scientifique suisse sur les masques FFP2, 3 janvier 2022
Le 06/01/2022
Que sait-on de l’effet de la vaccination sur la transmission de la Covid-19 ?
Elle réduit le risque de transmission de 50 à 76 % pour le variant Delta.
 
Dans les pays où une proportion importante de la population est vaccinée, la question de la contagiosité des personnes vaccinées et néanmoins infectées est centrale à la gestion de la pandémie de COVID-19. Elle l'est d'autant plus depuis la prédominance du variant Delta, plus transmissible. Elle le sera encore davantage avec le variant Omicron.

Jusqu’à récemment, les études portant sur le variant Delta ont montré (voir l’article de septembre 2021 cité en source pour les références des études) que les patients vaccinés et néanmoins infectés asymptomatiques présentent une charge virale très inférieure à celle des personnes non vaccinées, pour une durée significativement plus courte, ce qui réduit de facto le risque de transmission. Mais il manquait des données mesurant l’intensité de cette réduction.

Début janvier 2022, une vaste étude britannique a apporté des données fondamentales sur le sujet, tant sur le variant Alpha que sur le variant Delta (il est trop tôt pour disposer de données sur Omicron). Cette étude a mesuré le risque d’infection chez 146 000 cas contacts de 108 000 patients infectés, selon si ces patients avaient été vaccinés (2 injections du vaccins Pfizer ou 2 injections du vaccin AstraZeneca) ou non.

L’analyse des données de ces 146 000 personnes montrent que :
  • pour le variant Alpha, deux semaines après la seconde injection, une double vaccination par le vaccin AstraZeneca réduit le risque de transmission de 52 % et une double vaccination par le vaccin Pfizer le réduit de 68 % ;
  • pour le variant Delta, deux semaines après la seconde injection, une double vaccination par le vaccin AstraZeneca réduit le risque de transmission de 24 % et une double vaccination avec le vaccin Pfizer réduit le risque de transmission de 50 %. Trois mois après la deuxième injection, cette diminution du risque de transmission faiblit : elle tombe à 2 % pour le vaccin AstraZeneca et à 24 % pour le vaccin Pfizer.
On ne dispose pas encore de données aussi détaillées concernant les personnes triplement vaccinées infectées. Dans une étude datant d’octobre 2021, une équipe israélienne suggère que la 3e dose pourrait réduire le risque de transmission de deux tiers (comparé au risque avant cette 3e dose). Des données britanniques devraient être prochainement publiées sur l’effet de ce rappel vaccinal.
 
Sources
 
Les données sur la charge virale des personnes vaccinées, septembre 2021
L’étude britannique sur l’effet de la double vaccination, janvier 2022
L’étude israélienne sur l’effet de la 3e dose, octobre 2021
Le 05/01/2022
Devrait-on « laisser filer » le variant Omicron dans la population pour obtenir une immunité globale contre la Covid-19 ?
Il reste encore trop d’inconnues.
 
L’idée de laisser le virus de la Covid-19 se répandre parmi la population (ou, au moins, parmi les personnes qui ne sont pas à risque de forme sévère) pour obtenir une immunité globale suffisante est débattue depuis le début de la pandémie. Certains pays, comme le Royaume-Uni, l’ont en partie appliquée sans pour autant le reconnaître officiellement. Cette idée est revenue en force lorsqu’a été évoquée une moindre dangerosité du variant Omicron.

Pour rappel, le souci avec cette stratégie est qu’il est impossible d’isoler les personnes à risque du reste de la société. L’expérience des EHPAD pendant la première vague l’a clairement montré, tant au niveau sanitaire (le virus s’y est répandu malgré l’isolement strict des résidents) qu’au niveau éthique (l’isolement est source de mal-être psychique).
Avec un variant moins dangereux et une population à risque majoritairement vaccinée, la question se pose de nouveau. Néanmoins, il reste des inconnues :
  • Omicron est-il véritablement moins dangereux ? À l’heure où ces lignes sont rédigées (début janvier 2022), il semble que le risque d’hospitalisation lors d’une infection par Omicron ne soit pas différent de celui d’une infection par Delta, mais que le risque d’admission en soins intensifs puisse être moindre. Cela reste à confirmer.
  • Combien de personnes à risque de formes graves sont-elles soit non vaccinées, soit insuffisamment vaccinées face à Omicron (2 doses ou immunodépression, voir ci-dessous) ?
  • Quel est le risque de développer une forme longue de Covid-19 lors d’infection par Omicron ?
De plus, il faut mettre en avant le cas des personnes immunodéprimées (par une maladie ou un traitement, soit entre 350 et 500 000 personnes en France) pour lesquelles le vaccin n’est pas suffisant et qui sont à risque de forme sévère (taux de mortalité pouvant atteindre 20 % des cas symptomatiques). La plupart des anticorps monoclonaux utilisés jusque-là pour leur protection ne sont pas efficaces contre Omicron. De nouveaux anticorps monoclonaux efficaces et des molécules antivirales devraient être disponibles dans les semaines qui viennent mais, en attendant, il paraît difficile de les exposer au risque d’infection (rappelons de nouveau que l’isolement n’est pas une solution viable).

Enfin, même avec un variant un peu moins dangereux, notre système de santé n’est pas capable de gérer la vague d’hospitalisations qui se produirait si Omicron, au moins 3 fois plus transmissible que Delta, était laissé libre de se répandre dans l’ensemble de la population.
Il est donc bien trop tôt pour envisager cette stratégie.
 
Sources
 
Un article sur la stratégie de « laisser filer », un temps promue aux États-Unis
Un article sur ce que l’on sait d’Omicron
Le 05/01/2022
Pourquoi les dossiers d’enregistrement des vaccins ne reflètent-ils pas toujours les recommandations des autorités de santé ?
Parce qu’ils sont modifiés avec un délai.
 
Certaines personnes se sont étonnées que l’information officielle sur les vaccins à ARNm contre la Covid-19 ne soit pas identique aux recommandations d’usage, en particulier sur le délai entre la 2e et la 3e injection.

Pour comprendre cet état de fait, il faut comprendre le cycle de vie d’un médicament. Une Autorisation de Mise sur le Marché (AMM) est accordée après analyse des données issues des essais cliniques, données fournies par le fabricant. Les conditions d’usage autorisées par l’AMM sont précisées dans le Résumé des Caractéristiques du Produit (RCP), document qui fait référence.

Une fois un médicament sur le marché, il arrive que ses conditions d’utilisation ou ses indications (les maladies dans lesquelles il peut être prescrit) évoluent en fonction d’études ayant eu lieu après l’AMM. C’est le cas des vaccins contre la Covid-19 où des études ont amené les autorités de santé (en France, la Haute Autorité de Santé - HAS) à se prononcer sur, par exemple :
  • la nécessité d’une injection de rappel avec un vaccin à ARNm ;
  • la restriction du vaccin AstraZeneca au plus de 55 ans ;
  • la restriction du vaccin Moderna au plus de 30 ans ;
  • la nécessité d’un rappel après une injection du vaccin Janssen ;
  • la possibilité de panachage des vaccins ;
  • etc.
Ces recommandations étaient « hors AMM », c’est-à-dire qu’elles ne figuraient pas dans le RCP initial des vaccins. Ensuite, les agences sanitaires européennes ont modifié les RCP au vu des études ayant justifié ces nouvelles recommandations. Ainsi, par exemple, le RCP du vaccin Comirnaty (Pfizer) mentionne que : « Une dose de rappel (troisième dose) de Comirnaty peut être administrée par voie intramusculaire au moins 6 mois après la deuxième dose chez les personnes âgées de 18 ans et plus. La décision quant au délai d’administration d’une troisième dose de Comirnaty et aux personnes concernées par cette troisième dose devra être prise sur la base des données disponibles d’efficacité du vaccin, en tenant compte des données de sécurité limitées. »

Entretemps, comme suggéré dans la phrase en italiques du texte ci-dessus, le délai recommandé par la HAS entre la 2e et la 3e dose est passé à 3 mois après la 2e dose pour tenir compte de l’apparition du variant Omicron (dont la neutralisation nécessite des taux sanguins d’anticorps élevés). Il faudra quelques semaines pour que les RCP reflètent cette évolution. 

C’est ainsi que s’enrichissent progressivement (et avec un délai) les RCP des médicaments, en fonction des recommandations d’usage des autorités de santé.
 
Sources
 
Le RCP de Comirnaty
Le RCP de Spikevax
Un article très complet sur cette question (autour du panachage)
Le 05/01/2022
Pourquoi une 3e dose d’un même vaccin renforce-t-elle l’immunité contre le variant Omicron ?
En augmentant la concentration d’anticorps visant les parties de la protéine Spike qui n’ont pas muté.
 
Il est effectivement surprenant qu’une 3e dose d’un vaccin obtenu avec un variant « ancien » puisse améliorer l’immunité obtenue contre un nouveau variant assez différent.

Pour comprendre ce résultat, il faut garder à l’esprit que, face à la protéine Spike issue du vaccin, notre système immunitaire développe des anticorps contre plusieurs dizaines de régions de cette protéine (ces régions sont appelées « épitopes »). La neutralisation du virus est obtenue lorsque les anticorps masquent l’ensemble de ces épitopes, empêchant le virus d’infecter les cellules.

Dans le cas d’Omicron, des mutations ont eu lieu qui modifient trois épitopes de la protéine Spike, rendant la neutralisation globale moins efficace. Néanmoins, si les anticorps contre les épitopes non mutés (dits « épitopes conservés ») sont en concentration suffisante dans le sang, un certain degré de neutralisation reste possible assurant ainsi une protection, certes moindre, mais encore efficace.

Parce que les taux d’anticorps obtenus à la suite de la 2e dose diminuent avec le temps, il est nécessaire d’administrer une 3e injection pour obtenir des concentrations suffisantes d’anticorps contre les épitopes conservés. Cela ne permet pas le masquage des épitopes mutés, mais cela diminue la probabilité que le virus puisse infecter une cellule.

Cet effet de la 3e dose a été confirmé par plusieurs études dans le tube à essai, en comparant l’effet neutralisant du sang de personnes triplement vaccinées avec celui du sang de personnes doublement vaccinées.

Le maintien d’une protection vaccinale significative avait également été observé contre les variants Alpha et Delta et c’est (en partie) pour cette raison que des vaccins actualisés pour ces variants n’ont jamais été commercialisés. Actuellement, les fabricants de vaccins à ARNm envisagent de commercialiser un vaccin actualisé pour Delta et Omicron. Néanmoins, si Omicron se répand largement avant la mise à disposition de ces nouveaux vaccins, il n’est pas certain que ceux-ci soient nécessaires (un grand nombre de gens auront développé une immunité à la suite d’une infection par Omicron).
 
Sources
 
Sur les effets des mutations d’Omicron sur l’immunité vaccinale
Un exemple d’étude montrant l’efficacité de la 3e dose contre le variant Omicron