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Le 28/10/2018
Faut-il faire une cure de raisin pour se detoxifier ?
On n’en sait rien.
Ces dernières années ont vu le grand retour d’une pratique qui avait disparu après la seconde guerre mondiale : la cure uvale, ou monodiète uvale. Cette pratique consiste à manger uniquement du raisin pendant quelques jours, pour aider son corps à « détoxifier ».
 
Populaire à partir des années 1860, avec un pic dans les années 1930, la cure uvale était essentiellement pratiquée dans les régions productrices de raisin, surtout avec du raisin chasselas réputé dans ce contexte. Les municipalités installaient des « stations uvales » dans les jardins municipaux où il était possible de trouver du raisin tout au long de la journée (ou, parfois, du jus de raisin).
Le raisin est riche en sucres (15,5 g pour 100 g), pauvre en fibres, avec des apports intéressants en potassium (191 mg/100g), ainsi qu’en vitamine K1 et en bêta-carotènes (les précurseurs de la vitamine A). Les pépins contiennent des fibres et des acides gras insaturés.
 
En pratique, la cure uvale consiste à manger à volonté du raisin bien mûr  (avec les peaux et les pépins, en mâchant bien) et uniquement du raisin, en buvant également beaucoup d’eau ou de tisanes. La consommation se fait tout au long de la journée, sans respecter les heures de repas. Une personne consomme en moyenne entre 2,5 et 3,5 kg par jour, et la cure ne doit pas dépasser une semaine. Il est essentiel de consommer du raisin bio. La viticulture est le plus gros consommateur de pesticides en France (20 % de la consommation nationale pour 3,7 % de la surface agricole utile).
 
Dans les années 1930, l’Académie de médecine recommandait la cure uvale pour lutter contre « la constipation, certaines diarrhées, les congestions hépatiques, les calculs biliaires, la goutte, bien des affections de la peau, et en général, tous les états pathologiques d’arthritisme ».
Aucune étude scientifique n’existe pour valider ou invalider la cure uvale. On ne sait rien de ses effets, si ce n’est que sa richesse en sucre la rend inadaptée aux personnes diabétiques.
Le concept de « détoxification » lui-même n’a pas de base scientifique. Le raisin est légèrement diurétique ce qui, avec la consommation d’eau qui est augmentée pendant la diète uvale, favorise l’élimination urinaire.
 
Sources
Un documentaire des années 1930 sur les stations uvales fait par le Ministère de l’Agriculture
http://www.ina.fr/video/VDD10045584
 
Base CIQUAL de la composition des aliments
https://ciqual.anses.fr/#/aliments/13112/raisin-cru
 
Le 27/10/2018
Manger de l’ail est-il bon pour la santé ?
Globalement, oui.
Traditionnellement, la consommation d’ail est réputée bonne pour le traitement des rhumes et des infections respiratoires, ainsi que pour l'élimination des vers intestinaux. Aujourd'hui, on lit parfois que la consommation d’ail pourrait prévenir les maladies cardiovasculaires, en particulier en fluidifiant le sang et en luttant contre l'excès de cholestérol et l'hypertension artérielle.

L’Agence européenne du médicament (EMA) considère comme « traditionnellement établi » l’usage des préparations à base d’ail (on ne parle pas ici de consommation régulière) comme « élément complémentaire dans la prévention de l’athérosclérose (dépôts de cholestérol sur les parois des artères) » et « pour soulager les symptômes du rhume ».
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère comme « cliniquement établi » l’usage de l’ail comme un « traitement complémentaire aux mesures alimentaires destinées à diminuer les taux de lipides dans le sang (cholestérol et triglycérides) » et admet que l’ail « peut être utile lors d’hypertension artérielle modérée ». L’OMS considère comme « traditionnel » l’usage de l’ail dans « le traitement des infections respiratoires, des vers intestinaux, des troubles digestifs et de l’arthrose ».
Les Instituts nationaux de la santé américains (NIH) considèrent comme « fondé sur de bonnes évidences scientifiques » l’usage de l’ail pour « diminuer modérément les taux sanguins de cholestérol (total et LDL) sur une durée de quatre à douze semaines ». Ils relèvent que peu de données existent sur un effet plus durable ou sur un effet positif de l’ail sur le cholestérol HDL (le « bon » cholestérol).

Globalement, les études cliniques qui ont porté sur l’ail frais n’ont montré qu’une efficacité modeste dans le contrôle du cholestérol sanguin ou de la pression artérielle.
Plusieurs analyses croisées (méta-analyses) d’essais cliniques révèlent que la consommation quotidienne d'ail ne semble réduire les taux de cholestérol total et de cholestérol LDL (le « mauvais » cholestérol) que de 4 à 6 %, ce qui semble insuffisant pour entraîner un bénéfice dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Les effets de l'ail sur la pression artérielle semblent également modestes.
Les effets anticoagulants de l’ail ont été confirmés expérimentalement. Ces effets, ajoutés à ceux observés sur le cholestérol et la pression artérielle, pourraient contribuer à la prévention de certaines maladies vasculaires comme les accidents vasculaires cérébraux (les « attaques cérébrales »). Mais les études confirmant cette hypothèse restent à mener.
Les usages de l’ail contre les infections respiratoires, les vers intestinaux et les problèmes de peau reposent sur la tradition, sans étude clinique pour les évaluer.

Attention : parce que l’ail inhibe partiellement la coagulation sanguine, les personnes qui prennent des médicaments anticoagulants (fluidifiants du sang) devraient s’abstenir de consommer de grandes quantités d’ail. Pour la même raison, l’EMA recommande aux personnes qui vont subir une opération chirurgicale de ne pas consommer d’ail dans la semaine qui précède l’intervention.
 
Sources
La fiche monographique de l’EMA sur l’ail, 2016
https://www.ema.europa.eu/documents/herbal-monograph/draft-european-union-herbal-monograph-allium-sativum-l-bulbus_en.pdf
 
La fiche du NIH sur l’ail, 2016
https://nccih.nih.gov/health/garlic/ataglance.htm
 
Une méta-analyse sur les effets de l’ail en termes de santé cardiovasculaire, 2014
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4252524/
 
Un article qui fait la synthèse des études sur les propriétés thérapeutiques de l’ail, 2014
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC4103721/
 
Le 17/10/2018
Prendre un complément alimentaire de glycine permet-il vraiment de ralentir le vieillissement ?
Non. Sauf si vous êtes un fibroblaste muté japonais.
Certains sites internet (qui se proposent de vous en vendre) vantent les vertus de la glycine (l’une des briques de nos protéines) pour ralentir les effets du vieillissement. Cette allégation trouve entre autres sa source dans les travaux d’une équipe japonaise, et en particulier un article paru en 2015 dans la revue Nature. Dans cet article, des fibroblastes (les cellules qui produisent, entre autres, le collagène qui soutient nos tissus) ont été privés de certains gènes nécessaires au bon fonctionnement de leurs mitochondries, les organes qui permettent aux cellules de respirer. Cette modification génétique produit des effets proches de ceux du vieillissement sur ces organes respiratoires. Chez ces fibroblastes mutés, un apport de glycine rétablissait les fonctions des mitochondries. Une autre source d’inspiration pour cette allégation est une étude de 2011 qui montrait, chez des rats, qu’une supplémentation en glycine augmentait la durée de vie. Cette étude, présentée à une conférence, n’a jamais été publiée sous forme d’article, ni reproduite par d’autres équipes et les mérites supposés de la glycine reposent essentiellement sur des extrapolations à partir d’autres études portant sur les effets de la restriction calorique ou en protéines. Ainsi, malheureusement, il y a encore beaucoup de chemin à faire pour pouvoir dire qu’une supplémentation en glycine ralentit les effets du vieillissement.
 
Le 17/10/2018
La restriction calorique est-elle bénéfique à la longévité ? 
Oui, chez les souris de laboratoire, les moucherons et les vers. Non, chez le singe (et probablement l’homme).
La restriction calorique, c’est-à-dire le fait de manger nettement moins qu’on ne le ferait spontanément, a longtemps été le Graal des personnes qui souhaitaient vivre plus longtemps. En effet, chez les souris et quelques autres animaux de laboratoire, réduire de 30 % la consommation de calories tout au long de l’âge adulte prolonge significativement la vie. Étude après étude sur ces animaux, on a pu montrer que c’était plutôt la restriction en protéines qui exerçait cet effet sur la longévité, voire la restriction en certains acides aminés.
Malheureusement, les résultats d’une étude de restriction calorique menées chez les macaques rhésus par le National Institute of Aging (Etats-Unis) ont été décevants. Après jusqu’à 25 ans de restriction calorique (les singes vivent longtemps), aucun effet n’a été observé sur leur longévité. Mais ceux qui avaient une alimentation réduite ont néanmoins présenté moins de maladies cardiovasculaires et de cancers (dont le surpoids est un facteur de risque).
Finalement, ces études montrent une chose désormais bien connue : que l’équilibre alimentaire et la lutte contre le surpoids réduisent le risque de maladies potentiellement mortelles. Et donc augmentent notre longévité plus sûrement que les régimes ou les compléments alimentaires.
 
Sources
L’étude sur la restriction calorique chez les macaques rhésus
https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC3832985/
 
 
Le 09/10/2018
L'aloé vera est elle bonne à manger ?
Uniquement le gel au centre de la feuille.
Depuis quelques temps, on trouve des feuilles d’aloe vera fraîches au rayon légumes des supermarchés. Ces feuilles sont essentiellement destinées à fabriquer ses propres cosmétiques, mais certaines personnes choisissent de les consommer et des recettes circulent sur internet.
En août 2018, la Direction générale de la santé (DGS) et la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont saisi l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) pour qu’elle évalue les risques associés à la consommation de feuilles d’aloe vera.
En effet, la partie externe (verte) de ces feuilles sécrète un lait jaune (latex) qui contient des substances fortement laxatives (les dérivés hydroxyanthracéniques) qui peuvent irriter l’intestin et entraîner des effets indésirables graves. Ces substances sont également suspectées d’être cancérigènes.
Dans l’attente des résultats de l’expertise de l’ANSES, la DGCCRF et la DGS recommandent d’éliminer la partie externe verte et toute présence de latex des feuilles d’aloe vera. Par précaution, la DGCCRF et la DGS recommandent également d’éviter la consommation de feuilles fraiches d’aloe vera, y compris du gel, par les enfants, les femmes enceintes et allaitantes et les personnes fragiles.
Attention, les modes de préparation conseillés sur les emballages ou sur internet oublient le plus souvent de rappeler les risques liés à la consommation du latex et n’expliquent pas comment s’en débarrasser.
 
Sources
 
Le communiqué de la DGS et de la DGCCRF, août 2018
https://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/risques-lies-a-la-consommation-de-feuilles-fraiches-d-aloe-vera