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Il y a 22 jours
Un jus de citron tiède à jeun est-il vraiment bon pour la santé ?
On n’en sait rien.
 
Elle tourne, elle tourne la rumeur sur le web et les réseaux sociaux… Boire un jus de citron tiède à jeun le matin apporterait une multitude de bienfaits pour la santé : détoxification, perte de poids, soulagement des ballonnements et problèmes d’intestin, prévention du cancer et des effets de l’âge… la liste est longue.

Peu sucré, riche en vitamines C et B9 (folates), en potassium, phosphore, fer et en anti-oxydants, le jus de citron est, comme tous les jus d’agrumes, un aliment intéressant du point de vue nutritionnel, essentiellement comme source de vitamine C. Donc, sur le principe, un jus de citron tous les jours, pourquoi pas ?

Tiède, pourquoi tiède ? Les nombreux partisans du jus de citron tiède expliquent que, glacé, ce n’est pas bon pour la digestion et que, chaud, cela pourrait détruire les vitamines. Mais aucune explication sur le fait de le boire tiède plutôt qu’à température ambiante. Ou alors tiède veut dire à température ambiante ? Mystère.

À jeun, pourquoi à jeun ? L’idée défendue est de prendre son jus de citron une demi-heure avant le petit déjeuner. Supposément pour qu’il agisse mieux, un peu à la manière de certains médicaments à prendre à jeun. Certains évoquent également le fait que, pris à jeun, le jus de citron serait plus alcalinisant pour l’organisme (c’est-à-dire plus à même d’augmenter temporairement le pH du sang). Et qu’un régime alcalinisant serait bon pour la santé. Le souci, c’est que si vous recherchez un effet alcalinisant, le jus de citron est bien moins efficace que le jus d’orange. En fait, il n’est quasiment pas alcalinisant selon une étude assez bien faite publiée en 2006.

Sur les bienfaits du jus de citron tiède à jeun le matin, la science ne dit… rien ! Absolument aucun morceau de science à se mettre sous la dent. L’effet alcalinisant semble absent, la richesse en vitamine C confirmée. Quant aux effets sur les intestins, la perte de poids et le cancer, cela reste de la spéculation pure.
Ce qui est certain avec le jus de citron, c’est qu’il est acide. Et l’émail des dents n’aime pas les attaques acides qui font le lit des caries. Pour cette raison, certains défenseurs du jus matinal recommandent de le diluer avec beaucoup d’eau, voire de le boire à la paille pour qu’il n’entre pas en contact avec les dents.

Certaines personnes qui ont suivi les conseils des bloggeurs sur le jus de citron à jeun ont signalé avoir connu de plus fréquents épisodes de brûlures d’estomac ou de reflux acides. Il est probable que cet effet indésirable soit essentiellement présent chez des personnes qui ont déjà une tendance aux acidités gastriques. Donc probablement à éviter si c’est votre cas.
 
Pour en savoir plus
 
La composition du jus de citron maison (tables Ciqual, Anses)
L’article d’un médecin néphrologue sur l’effet des jus d’agrumes sur le pH de l’organisme, 2018
L’étude de 2006 sur le pouvoir alcalinisant des jus d’agrumes (en anglais, expliquée en français dans la référence ci-dessus)
Il y a 29 jours
Les filtres solaires des produits de protection restent-ils intacts d’une année sur l’autre si le produit est ouvert ?
Non, la protection risque de diminuer.
 
Les produits de protection solaire, comme les autres cosmétiques, ont une durée de vie limitée, en particulier une fois qu’ils sont ouverts. En effet, avec le temps, les filtres ont tendance à se dégrader et l’efficacité de la protection diminue.

Selon les conseils de l’Agence nationale du médicament et des produits de santé (ANSM), le bon usage des produits de protection solaire implique de :
  • respecter la date de péremption indiquée sur l’emballage (« À utiliser de préférence avant fin... ») ;
  • respecter la durée de vie du produit après la première utilisation (« date de durabilité minimale », DDM), indiquée sur l’emballage sous forme d’un pot ouvert sur laquelle est indiquée la durée de vie une fois ouvert (par exemple 12 mois, indiqué sous la forme 12M). En général, les produits en vaporisateur ont une DDM plus longue (18 mois) que les flacons qui s’ouvrent (6 à 12 mois selon les produits) ;
  • ne pas utiliser un produit de protection solaire qui a changé d’aspect, de texture ou d’odeur une fois ouvert ;
  • bien refermer un produit de protection solaire après son utilisation ;
  • éviter au produit de protection les écarts de température, l’exposition à la chaleur ou l’exposition directe au rayonnement du soleil, trois éléments auxquels les filtres utilisés dans ces produits sont très sensibles.
S’ils n’ont pas été ouverts et ont toujours été entreposés au frais et au sec, les produits solaires peuvent se conserver 2 ou 3 ans, selon l’indication de péremption sur l’emballage.
 
Sources
 
« Le point sur vos produits solaires », ANSM, 2021
 
Le 28/03/2022
Est-il bon de se laver plusieurs fois par jour ?
À faire seulement si nécessaire, en adoptant des gestes protecteurs de la peau.
 
La réponse à cette question dépend de nombreux facteurs :
  • Pratiquez-vous une activité professionnelle ou de loisirs qui est salissante ou qui fait transpirer ?
  • Votre peau est-elle fragile (peau sèche, peau allergique, peau d’une personne âgée ou qui reçoit des traitements qui fragilisent la peau, comme par exemple les chimiothérapies contre les cancers) ?
  • Vous lavez-vous avec du savon, un gel, un savon surgras ? Avec un gant de toilette ou avec les mains ?
  • L’eau de votre domicile est-elle calcaire ?
En effet, le risque qu’il peut y avoir à se laver plusieurs fois par jour est celui de supprimer la fine couche hydrolipidique (le « sébum ») qui recouvre la peau et constitue sa première défense contre les agressions extérieures. Sans cette fine couche, la peau se dessèche plus rapidement, elle tiraille, elle démange et devient plus sensible à l’inflammation. En revanche, contrairement à ce qu’on peut lire ici ou là, cela n’a pas de conséquence négative sur la flore bactérienne de la peau (qui se reconstitue rapidement après la toilette), ni sur ses défenses immunitaires.
 
Si vos activités vous imposent plusieurs douches par jour, mieux vaut adopter de bonnes habitudes :
  • se savonner avec les mains plutôt qu’avec un gant de toilette ;
  • utiliser un savon ou un gel dit « surgras », disponible en pharmacie ;
  • utiliser une eau tiède plutôt qu’une eau très chaude ;
  • sécher la peau en la tamponnant doucement avec une serviette, plutôt qu’en la frottant énergiquement ;
  • appliquer une lotion hydratante pour le corps après la douche, surtout si l’eau de votre domicile est très calcaire, ce qui tend à irriter la peau (il faut plus de savon pour que ça mousse, ce qui décape davantage le sébum).
 
Si se doucher plusieurs fois par jour n’est pas une obligation pour vous, il est probablement préférable de se contenter d’une douche quotidienne pour laisser le temps à votre peau de reconstituer sa fine couche hydrolipidique. Ceci est particulièrement important pour les personnes qui souffrent de dermatite atopique (terrain allergique).
 
Sources
 
« Se laver tous les jours, mauvais pour la santé ? », Ministère de la santé du Québec, 2017
Un article scientifique sur l’impact de la toilette sur la flore bactérienne de la peau, 2016
Le 22/03/2022
Quel est l’intérêt de prendre de l’iode en cas d’attaque nucléaire ?
Pour protéger la thyroïde en cas de présence d’iode radioactif.
 
L’iode est un oligo-élément essentiel au fonctionnement de la thyroïde, une glande qui produit des hormones agissant sur la croissance et le métabolisme. Lors d’exposition à de l’iode radioactif (issu par exemple d’un accident nucléaire), l’iode administré à titre préventif sature rapidement la thyroïde et empêche l’iode radioactif (respiré ou ingéré) de s’y fixer (il est alors éliminé dans les urines). En effet, la fixation durable d’iode radioactif dans la thyroïde augmenterait le risque de dysfonctionnement et de cancer de cette glande. La dose administrée dépend de l’âge de la personne mais aussi de l’apport alimentaire moyen d’iode dans la région concernée (qui est plus faible dans les régions montagneuses, par exemple).
 
En cas d’accident nucléaire, les préfets peuvent prendre 3 mesures : la prise d’iodure de potassium, la mise à l’abri et l’évacuation des populations. L’iode doit être pris au plus tôt une heure avant l’exposition à la radioactivité, et au plus tard dans les six à douze heures qui suivent. Pris plus tôt, son efficacité protectrice est considérablement réduite. Pris plus tard, au-delà de 24 heures, ses effets indésirables sur le bon fonctionnement de la thyroïde pourraient être plus importants que les bénéfices attendus.

Ce médicament ne doit être pris que sur instruction formelle des autorités compétentes (sur décision du préfet de département ou de son représentant). Il peut être administré aux enfants dès la naissance et aux femmes enceintes ou qui allaitent. Selon la menace sanitaire et les mesures d’évacuation, il peut s’agir d’une prise unique ou d’une prise quotidienne pendant 7 jours au maximum.
 
Attention, la prise d’iode ne protège que contre l’iode radioactif. Elle ne protège pas contre les autres éléments radioactifs qui peuvent être présents, en particulier lors d’attaque nucléaire, par exemple les césium 134 ou 137. Certaines armes nucléaires ne relâchent d’ailleurs pas du tout d’iode radioactif. Si elle s'avère nécessaire, la distribution en urgence de comprimés d'iode à l'ensemble de la population est organisée sous la responsabilité des préfets de département, dans le cadre d'un Plan ORSEC Iode.
 
En France, il n’est pas possible d’acheter de l’iodure de potassium dans les pharmacies. Une partie de la population française, résidant à proximité d'une centrale nucléaire (périmètre de 20 km), détient déjà des comprimés d'iode dans le cadre du Plan particulier d'intervention (PPI) autour des centrales nucléaires. Cette distribution est réalisée régulièrement au cours de campagnes nationales, directement auprès des habitants ou via certaines pharmacies.

En 2019, 2,2 millions de personnes et plus de 200 000 établissements (entreprises, écoles, administrations, etc.) ont reçu un kit de comprimés d'iode. En février 2021, à l'occasion de l'extension du périmètre de sécurité (passé de 10 à 20 km autour d'une centrale nucléaire), 600 000 foyers supplémentaires ont été approvisionnés par voie postale. La France dispose d’une réserve de 130 millions de comprimés dosés à 65 mg d’iodure de potassium.
 
Sources
 
« En situation d'urgence - Prise d'iode stable : mettre fin aux idées reçues », Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN), mars 2022
« Demande en comprimés d'iode : quelles réponses apporter à la population ? » Ordre national des pharmaciens, mars 2022
« Menace nucléaire en Ukraine : que répondre aux Français qui demandent de l'iode ? », VIDAL, mars 2022
Le 14/03/2022
Des champignons peuvent-ils causer la maladie de Charcot ?
Oui, la fausse morille (Gyromitra esculenta).
 
La sclérose latérale amyotrophique, également appelée « maladie de Charcot », est une maladie neurodégénérative caractérisée par un affaiblissement puis une paralysie des muscles des jambes et des bras, des muscles respiratoires, ainsi que des muscles de la déglutition et de la parole. Dans cette maladie, les motoneurones (les neurones responsables de la contraction des muscles touchés) dégénèrent progressivement.

Si cette maladie est familiale dans 5 à 10 % des cas, elle apparaît le plus souvent de manière sporadique (un cas isolé sans autre cas dans la famille). La maladie de Charcot est une maladie rare, avec 1 cas pour 25 000 personnes en général en France.

En 2009, dans un hameau de Savoie appelé Montchavin (commune de La Plagne-Tarentaise), un médecin a remarqué une fréquence anormalement élevée de maladie de Charcot non familiale. En tout, 14 cas ont été observés entre 1991 et 2013 dans ce hameau de 200 habitants. Des situations similaires avaient été décrites au Japon, en Nouvelle-Guinée ou sur l’île de Guam, en lien avec des intoxications alimentaires dues à une plante ressemblant à un petit palmier, le cycas du Japon (Cycas revoluta, également appelé sagou, sagoutier ou petit rameau).

Il aura fallu plus de 10 ans aux spécialistes pour trouver l’origine des cas de maladie de Charcot observés à Montchavin. En cause, un champignon appelé « fausse morille » (Gyromitra esculenta) dont la consommation est interdite en France depuis 1991. Mais dans ce village, sa consommation persistait dans certains foyers.

La fausse morille contient de la gyromitrine qui, une fois digérée, se transforme en hydrazines qui sont des substances toxiques pour les motoneurones. Les Savoyards touchés par la maladie de Charcot se sont avérés avoir mangé ce champignon, cru ou insuffisamment cuit (et avaient eu des signes d’intoxication aiguë après sa consommation).

Cette histoire illustre le fait que la cueillette de champignons présente toujours le risque de confondre des champignons ayant une morphologie voisine. Au moindre doute, mieux vaut donc demander conseil à un spécialiste.
 
Sources
 
Un article scientifique sur un cas relatif à cette histoire, 2021
Sur la maladie de Charcot, Orphanet, 2008
Sur la fausse morille et sa toxicité