Je consulte
les questions et les décodages

Rechercher
Il y a 4 jours
L'aspirine augmente-t-elle le risque d'insuffisance cardiaque ?
L’étude qui le suggère est de très mauvaise qualité.
 
Votre question fait référence à une étude récente publiée dans ESC Heart Failure qui a fait grand bruit dans la presse grand public et médicale. Selon cette étude, la prise d’aspirine augmenterait le risque d’insuffisance cardiaque, ce qui serait problématique puisque de très nombreuses personnes présentant un risque cardiovasculaire élevé prennent de petites doses d’aspirine pour ses propriétés anticoagulantes.
Pour dire les choses sans détours, cette étude est de très mauvaise qualité méthodologique. Certains cardiologues se sont même demandé comment elle avait pu être publiée en l’état. En effet, il s’agit d’abord d’une étude observationnelle (sans groupe contrôle randomisé, sans placebo). Or pour affirmer l’effet d’un médicament, ces deux conditions sont indispensables.

De plus, de l’aveu même des auteurs de l’article : « Nous disposions d'informations sur la consommation d'aspirine et d'autres médicaments au moment de l'inclusion dans l’étude, mais nous n'avons pas pu analyser la prise de médicaments en tant que covariable dépendant du temps. » Cela signifie que, pendant les 5 années de l’étude, ces auteurs n’ont jamais vérifié que les patients qui prenaient de l’aspirine au début de l’étude continuaient à le faire régulièrement. Or on sait que de nombreux patients ne la prennent pas régulièrement, voire l’arrêtent. D’ailleurs les auteurs précisent : « Nous ne disposons d'aucune information sur l'adhésion aux médicaments prescrits. »
Ensuite, les auteurs précisent : « En raison des informations dichotomiques sur la consommation d'aspirine, nous n'avons pas pu évaluer l'effet de la dose. » En d’autres termes, leur seule information sur la consommation d’aspirine était de savoir si le patient en prenait au début de l’étude, mais sans savoir la dose prise, ni au début, ni pendant l’étude !

Pour finir, les auteurs reconnaissent : « Nous manquions de données (…) pour mieux caractériser les incidents d'insuffisance cardiaque (…) et nous manquions de données pour distinguer l'insuffisance cardiaque ischémique (infarctus) et non ischémique. » En bref, ils ont considéré comme insuffisance cardiaque des événements qui n’en étaient peut-être pas vraiment…

En conclusion, cette étude est de trop mauvaise qualité pour pouvoir être prise au sérieux. Rappelons que de nombreuses études, bien conçues, ont montré l’intérêt de l’aspirine à faible dose pour prévenir les rechutes chez les personnes qui ont souffert de problèmes cardiaques, ainsi que pour prévenir ces problèmes chez les personnes qui sont à haut risque d’en développer.
 
Sources
 
L’étude publiée dans ESC Heart Failure, 22 novembre 2021
Les recommandations officielles sur la prescription d’aspirine à faible dose, juin 2012
Il y a 11 jours
Le sport favorise-t-il l’accumulation de calcium dans les artères du cœur ?
Peut-être, mais sans impact démontré sur la santé cardiovasculaire.
 
Votre question fait référence à une étude coréenne parue récemment qui a cherché à évaluer les liens entre activité physique et accumulation de dépôts de calcium dans les artères coronaires (qui irriguent le muscle cardiaque). 
Aujourd’hui, les cardiologues ne sont pas tous d’accord sur la signification de cette accumulation. En simplifiant un débat complexe, certains estiment que son suivi contribue à dépister précocement les personnes à risque de faire un infarctus (en association avec d’autres mesures de dépistage du risque), alors que d’autres sont plus prudents et considèrent que ce suivi est peu intéressant chez les personnes qui n’ont jamais connu de problème cardiaque.
En effet, il y a un paradoxe de l’accumulation de calcium dans les artères coronaires : elle semble associée à un risque accru d’accident cardiaque mais elle augmente lorsqu’un patient prend des statines, des médicaments destinés à lutter contre l’excès de cholestérol et qui protègent contre les accidents cardiovasculaires !
 
Pour en revenir à l’étude récente, elle a comparé la calcification des artères coronaires chez environ 25 000 personnes (90 % d’hommes) sur une période moyenne de 3 ans. Ces personnes ont rempli un questionnaire sur leur degré d’activité physique à chaque visite. Environ 47 %, 38 % et 15 % d'entre elles étaient, respectivement, inactives, modérément actives et intensément actives physiquement (équivalent à courir 6,5 km par jour). Au début de l’étude, les personnes les plus actives physiquement avaient tendance à être plus âgées et moins susceptibles de fumer que les participants moins actifs physiquement. Elles présentaient également un taux de cholestérol total plus faible, une pression artérielle plus élevée et des signes existants de dépôts de calcium dans leurs artères coronaires.

Au cours de l’étude, une activité physique plus importante a été associée à une progression plus rapide du taux de calcium dans les coronaires, à la fois chez ceux qui n'avaient pas de dépôts de calcium et chez ceux qui en avaient déjà au début de la période de surveillance.
Mais cette étude ne prouve en rien que l’activité physique était la cause de l’augmentation du calcium dans les coronaires observée. Elle y était associée, c’est tout.
 
En conclusion, au vu des limites de cette étude et des doutes qui existent sur la signification clinique et prédictive de l’accumulation de calcium dans les artères coronaires, il n’y a pas lieu de s’inquiéter de ces résultats. L’activité physique a, au cours de nombreuses études mieux conçues, montré son importance dans la prévention des maladies cardiovasculaires. Peut-être ses bénéfices s’accompagnent-ils d’une accumulation de ce type, comme lors de la prescription de statines.
 
Sources
 
L’étude menée en Corée du Sud, septembre 2021
Un éditorial dans le même journal qui remet les choses en perspective, septembre 2021
Il y a 14 jours
La cannelle est-elle bonne pour notre santé ?
On n’en sait rien.
 
Il n’existe que peu de données scientifiques sur les bénéfices de l’écorce de cannelle (Cinnamomum verum) sur la santé. L’Agence européenne du médicament mentionne dans son dossier sur cette plante deux usages traditionnels : contre les ballonnements et les gaz intestinaux, et contre la diarrhée modérée.
Dans les bases de données scientifiques, on trouve mention d’études portant sur les ulcères gastriques, la maladie d’Alzheimer, l’ostéoporose, etc. mais sans résultats significatifs.

Depuis plusieurs années, des études cherchent à évaluer les effets de la cannelle sur le taux sanguin de sucre (la « glycémie ») chez les personnes diabétiques, en particulier celles qui présentent un diabète de type 2 (le diabète qui apparaît en général après 50 ans).
En 2016, une analyse croisée incluant des études récentes a conclu que « la cannelle, associée aux médicaments habituels du diabète de type 2 et aux mesures d’hygiène de vie recommandées, a un effet modeste sur la glycémie à jeun et sur le taux sanguin d’hémoglobine glyquée » (le marqueur du contrôle à long terme de la glycémie).

Néanmoins, les auteurs de cet article insistent sur le fait que, en l’absence d’études plus puissantes sur ce sujet, les patients doivent continuer à prendre leur traitement et appliquer les mesures d’hygiène de vie (alimentation, activité physique, arrêt du tabac) qui ont fait leurs preuves. Un essai clinique randomisé et en double aveugle (les meilleures conditions méthodologiques pour un essai) serait en cours au Sri Lanka sur 210 patients atteints de diabète de type 2. Cet essai comparerait deux doses de cannelle (250 et 500 mg par jour).
 
En conclusion, on sait peu de choses des bénéfices de la cannelle. Les études de bonne qualité manquent pour se prononcer sur ses bénéfices.
 
Sources
 
Le dossier de l’Agence européenne du médicament, 2011
Un article de 2008 sur cannelle et diabète par un médecin de l’Association belge du diabète
L’analyse croisée de 2016
L’étude en cours au Sri Lanka, 2017
Il y a 15 jours
Fumer la chicha peut-il affecter la santé mentale ?
Oui, comme toutes les formes de tabagisme.
 
Que ce soit la chicha, une cigarette ou la pipe, fumer du tabac présente des dangers pour la santé psychique, en plus du risque de maladies cardiovasculaires, de cancer et de maladies respiratoires.

Le premier danger est évidemment la dépendance à la nicotine. Chez certaines personnes, la nicotine améliore l'humeur et semble favoriser la relaxation. Cependant, la consommation régulière de tabac peut entraîner des changements dans le cerveau. Lorsque l'apport en nicotine diminue, des symptômes de manque apparaissent, désagréables. Cela incite à fumer pour les soulager et la plupart des fumeurs deviennent dépendants à cause de ce cercle vicieux.

Le deuxième danger est cette fausse impression de relaxation qui est ressentie rapidement avec le tabac. Cette impression peut amener à croire que le tabac réduit l'anxiété. En fait, cette sensation de détente est temporaire et peut pousser le fumeur à développer un besoin accru de tabac pour continuer à la ressentir. Le tabac ne soulage ni le stress, ni l’anxiété de manière durable.

Le troisième danger est particulièrement présent chez les personnes qui souffrent de dépression. Dans le cerveau, le tabac provoque la libération d'une substance chimique, la dopamine, qui améliore l’humeur. Comme les personnes qui souffrent de dépression ont souvent un faible taux de dopamine dans leur cerveau, elles sont temporairement soulagées par le tabac. Une personne souffrant de dépression est, pour cette raison, deux fois plus susceptible de fumer qu'une personne ne souffrant pas de dépression. Mais le fait de fumer pousse le cerveau à diminuer sa propre production de dopamine, ce qui encourage à fumer davantage pour se sentir mieux. Chez les personnes déprimées, le sevrage tabagique est plus difficile que chez celles qui ne souffrent pas de dépression.

Enfin, chez les personnes qui souffrent de troubles psychiatriques avérés (troubles bipolaires, psychoses, par exemple), le fait de fumer est fréquent, tant pour se sentir mieux que pour réduire les effets indésirables des traitements prescrits contre ces troubles. Chez ces patients, le sevrage tabagique est fortement encouragé et accompagné, ce qui peut contribuer à améliorer les symptômes.
 
Sources
 
Un guide sur Tabagisme et santé mentale, Réseau de prévention des addictions, 2020
« L’arrêt du tabac améliore-t-il la santé mentale ? », une revue Cochrane des données, 2020
Il y a 36 jours
Comment évolue la paralysie faciale chez un enfant ?
Elle guérit spontanément en quelques mois.
 
La paralysie faciale périphérique, ou paralysie de Bell, est une perte du contrôle de certains muscles du visage, le plus souvent d’un seul côté. Elle est due à une inflammation du nerf facial. Les causes de la paralysie de Bell sont très variées et, dans certains cas, elles restent difficiles à identifier.

Chez les enfants, les causes les plus fréquentes sont :
  • un coup de froid sur un côté du visage (par exemple du côté d’une fenêtre ouverte dans une automobile) ;
  • une infection : otite moyenne, oreillons, herpès (le même que pour les boutons de fièvre), grippe, rhinopharyngite, zona, méningite, maladie de Lyme, mononucléose infectieuse, etc. Les infections virales semblent être la cause la plus fréquente de paralysie faciale chez les enfants.
  • un traumatisme : fracture du rocher (l’os situé derrière l’oreille), chirurgie de l’oreille ou de la glande parotide, ou compression du nerf facial lors de l’accouchement par exemple.
Chez les adultes, de nombreuses autres causes sont possibles : diabète, sclérose en plaques, tumeurs, infection par le VIH/sida, etc.
 
Plus rarement, la paralysie de Bell peut être l’un des signes du syndrome de Guillain-Barré, une inflammation généralisée de certains nerfs (en particulier des jambes) qui apparaît après une infection virale ou bactérienne. Chez les adultes, des cas de syndrome de Guillain-Barré ont été rapportés après une vaccination, sans que l’on puisse prouver de lien direct (quelques cas de paralysie de Bell ont été décrits après la vaccination contre la Covid-19).

Le syndrome de Guillain-Barré est rare chez les petits enfants (quasiment jamais avant l’âge de 5 ans). Il n’a jamais été démontré que les vaccinations provoquent un syndrome de Guillain-Barré chez les enfants, ni une paralysie faciale. En 2012, une étude a spécifiquement essayé de trouver un lien entre vaccination et paralysie faciale chez l’enfant et n’a pu identifier aucun cas de ce type de paralysie lié à une vaccination.
 
La paralysie de Bell guérit spontanément. Parfois, selon la cause suspectée, le médecin peut prescrire des médicaments antiviraux ou des corticostéroïdes (médicaments de la famille de la cortisone). Dans certains cas, cela peut prendre entre 6 et 12 mois, mais les symptômes finissent toujours par disparaître.
 
Sources
 
Sur la paralysie de Bell chez les enfants, Société française de pédiatrie, 2017
Sur la paralysie de Bell en général, Assurance maladie, 2021
Sur le syndrome de Guillain-Barré, Orphanet, 2007
L’étude qui n’a trouvé aucun lien entre vaccination et paralysie faciale chez les enfants, 2012